Le Triangle Éole-Évangile va devenir un « Îlot Fertile »

Dans le cadre du concours Réinventer Paris, le projet de réaménagement du Triangle Éole-Évangile a été choisi : il s’agit de L’Îlot Fertile. Petite présentation et critique du projet, qui devrait voir le jour en 2021.

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Vue aerienne du triangle Eole-Evangile © TVK et modifié par mes soins. Libre de droits

Le Triangle Éole-Évangile se trouve entre le parvis de la gare Rosa Parks et le Cours d’Aubervilliers. Pour le moment, on y trouve quelques bâtiments techniques. Une bonne partie de la zone est en travaux pendant l’agrandissement du pont d’Aubervilliers qui mène vers la Rue de Crimée (et qu’on attend pour 2017).

Une fois les travaux de la voirie terminés, l’aménagement de l’Îlot Fertile pourra commencer.

À peu près n’importe qui pouvait proposer des projets pour l’un ou plusieurs des 23 lieux soumis au concours. En ce qui nous concerne, le projet vainqueur est celui de l’agence TVK (qui a géré, entre autres, le réaménagement de la Place de la République), associée à LinkCity (promoteur du groupe Bouyges), le paysagiste OLM, l’agence Dédale (« agence européenne consacrée à la culture, aux technologies et à l’innovation sociale »), l’UCPA et de nombreux autres acteurs.

Si le projet n’est pas le plus impressionnant des lauréats du concours, c’est cette multitude de participants qui fait de L’Îlot Fertile l’un des plus réussis. A priori, donc c’est une bonne nouvelle pour le quartier.

Tour du propriétaire

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Vue depuis le grand jardin public. © TVK – image Robota. Libre de droits

Le projet est composé de quatre bâtiments tournant autour d’un jardin central, qui sera une place publique. De nombreux lieux vont s’y réunir :

  • 400 logements, dont :
    • 150 studios pour étudiants ;
    • 160 places pour jeunes travailleurs ;
    • une centaine de logements familiaux, sociaux, libres ou intermédiaires.
  • un pôle sportif de plus de 3000 m2, géré par l’UCPA ;
  • une auberge de jeunesse de 200 lits, gérée aussi par l’UCPA ;
  • 125 apparts-bureaux-hôtel, de l’agence ZOKU et dont le concept n’est pas encore très clair ;
  • un incubateur d’entreprises tournées vers les innovations environnementales ;
  • tout plein de bureaux plus classiques ;
  • un espace pour de la logistique dite du dernier kilomètre ;
  • un local pour les Jardins de Gally pour leur activité d’entretien des espaces verts (on peut donc espérer que les jardins du projet soient bien entretenus !) ;
  • un café-co working pour servir de lieu de travail pour des étudiants, des indépendants, des écrivains, des auteurs de blogs sur le quartier en manque d’inspiration, etc. ;
  • et 800 m2 de commerces de proximité (et ça, j’aime !).

Voilà comment le tout se présentera (à droite, se trouve la Gare Rosa Parks, à gauche le Cours d’Aubervilliers) :

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Axonométrie programmatique. © TVK. Libre de droits

Si ça peut donner l’impression d’être un peu fouillis, la modularité de la chose est clairement son point fort. L’un des principes du projet est que chacun des lieux qui le composent peut sans trop de difficultés être modifié en vue d’en changer l’usage. Cela permettra donc de ne pas se trouver coincé si l’un concepts ne fonctionne pas.

Ce sont ses multi-facettes qui font que l’Îlot Fertile a de bonnes chances de devenir un lieu où la plupart d’entre nous y trouvera quelque chose à faire. C’est en cela que ce projet est probablement celui du concours qui s’insérera le mieux dans son environnement. On est donc plutôt bien servi.

Le tout n’est pas moche en plus, en se basant sur la pierre, matériau qui l’avantage de ne pas trop mal vieillir (enfin, ce sera du béton recouvert de pierre, ce ne sera pas de la pierre de taille !). D’ailleurs, l’agence TVK est celle qui a conçu la résidence Canal Square sur le Canal de l’Ourcq, et il faut avouer que c’est plutôt réussi :

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TVK © Clément Guillaume

Green, Super Green !

Le tout, bien sûr, a sa caution verte, bien obligatoire de nos jours. Et d’ailleurs, ils n’y sont pas allés de main morte, parce que l’idée est d’en faire le premier quartier Zéro Carbone de Paris. Cela dit, à ce stade, on n’a pas trop de précisions sur comment ils comptent y arriver, ni si cela concernera la construction du quartier ou son fonctionnement, ou alors les deux.

Le tout est rempli de verdure, avec des jardins partagés sur les toits (mais qui y aura accès ?).

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Vue depuis les jardins partagés. © TVK – Libre de droits

Bon, comme d’habitude, les jolies images en font des tonnes sur la verdure, en multipliant les arbres et les zones de pelouse, allant même jusqu’à mettre un peu de vert dans la couleur des murs.

On verra bien ce que ça donnera en vrai…

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Doublons et manques…

Tout n’est pas rose (enfin, vert) dans ce projet. Les habitants du quartier réclament depuis 4 ans trois choses : une bibliothèque, un marché et une piscine.

On aurait très bien pu imaginer que les 3000 m2 d’espace sportif soient plutôt occupés par une piscine, non ? Ceux qui connaissent un peu mon blog savent que j’ai une théorie du doublon dans le quartier : on double les cinémas, les centres commerciaux, etc. Alors il fallait bien la confirmer avec un deuxième espace sportif, après celui de l’Entrepôt Macdonald…

En ce qui concerne le marché, le jardin entre les bâtiments serait un lieu sympa, mais on n’a pas envie d’attendre 2021, donc oublions.

Le plus gros des manques est vraiment énorme : où est la bibliothèque ? Cet Îlot Fertile aurait été idéal pour l’accueillir.

Alors, où est-elle ? Sérieusement ? Il y avait largement la place de la prévoir, non ?

La mairie, sentant le coup venir, s’est déjà défendue en expliquant qu’aucun des projets candidats ne contenait une bibliothèque. Mais la Ville aurait très bien pu en faire une condition à la recevabilité des projets, non ?

Un concours pour se laver les mains…

Le concours proposait peu de contraintes. Le but officiel était de pouvoir laisser le champ le plus libre possible aux candidats, afin que leur propositions puissent sortir de l’ordinaire. L’inconvénient, c’est que ça donne souvent des projets sans connexion avec l’urbanisme autour (et encore, l‘Îlot Fertile est, comme je le disais, l’un des plus réussis des concours sur ce plan !)

Au final, après avoir fait travaillé (gratuitement !) des centaines de gens sur les projets, la Ville a pu faire son choix, et se laver les mains des manques : « il n’y avait pas de projets proposant une bibliothèque, alors c’est pas notre faute à nous ! ».

Ben si, c’est la faute de la mairie. Comment l’agence TVK (ou les autres) auraient pu savoir que la bibliothèque ou la piscine étaient cruellement demandées par les habitants ? Ce n’est pas vers eux qu’on s’est tourné pour les réclamer depuis 4 ans. Il aurait donc été normal que la Ville cadre un peu plus le concours en posant comme condition l’insertion d’éléments manquants dans les quartiers visés (la bibliothèque ou la piscine dans le cas du Triangle Éole-Évangile).

L’urbanisme, ça se conçoit de façon large, et passer par un concours annule presque complètement cette dimension. Ce n’est d’ailleurs que l’un des problèmes engendrés par cette méthode. Je voulais aborder ici le sujet, mais je suis tombé sur cet article d’Urbanews, qui explique bien mieux que je n’aurais su le faire les effets pervers de cette façon de concevoir l’urbanisme. Allez-le lire, c’est passionnant.

C’est tout de même avec intérêt que je vais suivre l’avancement du projet de cet Îlot Fertile, qui reste intrigant et qui pourrait apporter un gros plus au quartier. Il faut être toutefois méfiant, car des petits détails risquent de changer au fur et à mesure que le projet avance et ils peuvent, une fois cumulés, réduire de façon conséquente le potentiel de ce programme.

Pour rappel, on l’attend pour 2021. C’est loin…

7 Comments

    1. Thomas

      Vous avez raison, il faut faire attention aux visuels… J’ai d’ailleurs modifié un peu la conclusion de l’article, pour y intégrer que les petits détails qui se verraient modifiés jusqu’à la livraison pourraient bien réduire le potentiel du programme comme peau de chagrin…

  1. Florent

    Et revoila la piscine ! La place Hébert est à 5 minutes à pied du Triangle Evangile, donc les besoins ne me semble pas criants. En revanche, le quartier a le seul Espace Glisse de Paris, longtemps réclamé, méconnu et peu fréquenté par les riverains.

    Que des entreprises privées face le pari du doublon, grand bien leur fasse, il n’y a que sur eux que le risque pèse. Doublonner une bibliothèque, c’est accroître les dépenses de la Ville, sur du long terme. Alors moi, je préfère prendre 15 minutes pour aller à Vavel, Genevoix ou même Sagan (ouverte le dimanche!), que espérer un équipement à moitié vide au pied de chez moi. Concevoir mon quartier de façon large, en quelque sorte 🙂

    1. Thomas

      Merci pour votre message, je ne connaissais en effet pas l’Espace Glisse. On notera tout de même que cela renforce encore la présence sportive dans le quartier, et que donc, d’autres quartiers sont sûrement déficitaires sur cet aspect-là…

      Les bibliothèques et piscines que vous citez ne sont pas vraiment sur les chemins empruntés par les habitants du quartier, donc elles nécessitent de s’y rendre spécifiquement, sans que cela puisse se combiner avec d’autres activités. Rajoutons que les transports vers ces lieux ne sont pas pratiques (il n’y a pas de bus passant devant la ZAC Claude Bernard pour relier ces quartiers voisins par exemple). Donc, pour les familles et personnes âgées, c’est toute une organisation. Ces piscines et bibliothèques sont peut-être géographiquement proches, mais éloignées en temps et praticité.
      Cela dépend bien sûr de là où on habite : je parle du point du vue de la ZAC Claude Bernard. Si vous êtes dans l’Entrepôt Macdonald, c’est déjà bien plus simple d’aller vers la piscine Hébert ou la bibliothèque Vavel. Vous me direz que j’exagère pour 5 minutes de plus, mais on parle plutôt de 15 minutes avec des enfants… Dans les faits, ça revient dont à 30 minutes de trajet pour Vavel.

      Pour ce qui est de la présence de multiples centres commerciaux, ce n’est pas du fait des entreprises privées. C’est la Caisse des Dépôts et la Ville qui ont choisi de céder la concession de tous les espaces commerciaux à Altarea. Ils auraient très bien pu en réserver une partie pour d’autres types de commerces, comme c’était prévu au départ.
      Cette concurrence directe au Millénaire n’était pas dans le plan d’origine de la zone. C’est venu plus tard. D’ailleurs, les commerces du Millénaire, déjà pas en grande forme, l’ont assez mal vécu. La preuve est que le Boulanger du Millénaire va déménager dans l’Entrepôt Macdonald. Ça va donc vider le Millénaire. C’est absurde.

  2. Karaoquai

    Il y a aussi les piscines Georges Hermant ( rue David d’Angers ) et Pailleron ( rue Edouard Pailleron ) accessibles par le T3 et , porte de Pantin , le bus 75 aux arrêts d’Hautpoul et Jean Menans

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