“Demain” aurait pu être aujourd’hui…

Il y a quelques mois, j’avais tenté d’expliquer ici-même pourquoi j’étais déçu par le peu d’ambition de l’aspect “écoquartier” de la ZAC Claude Bernard. Le film Demain résume tout ce qu’un écoquartier devrait être…

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Le documentaire part à la découverte de projets cherchant à trouver des solutions pour résoudre les crises écologiques, économiques, sociales.

Le film se découpe en 5 parties, qui sont toutes liées et qui résonnent avec ce qu’est un vrai écoquartier… Et, dans la ZAC Claude Bernard, le compte n’y est pas…

L’agriculture

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Le film commence à présenter des expériences de permacultures et de fermes urbaines.

Les premières permettent de cultiver des terrains de façon équilibrée, sans chimie, afin qu’ils s’auto-entretiennent et qu’ils offrent un rendement bien supérieur à celui de l’agriculture intensive (celle qui pollue et tout).

Les fermes urbaines sont des terrains investis par les habitants afin d’y cultiver des fruits et légumes afin que les villes soient plus autonomes sur leur approvisionnement de nourriture et limiter l’impact écologique (et les coûts) entraînés par la distance entre producteurs et consommateurs. Bref, manger mieux et moins cher…

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Dans la ZAC, on aurait très bien pu imaginer des fermes urbaines en permaculture sur les placettes entre les bâtiments de la BNP et les logements. Aujourd’hui, ces terrains ne servent que d’allées devant les bureaux. Quel gaspillage…

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L’énergie

C’est clairement la plus grande réussite de notre “écoquartier”. Un puits de géothermie fournit notre chauffage, aidé par les pompes à chaleur qui climatisent les bureaux de la BNP.

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Nos bâtiments sont terriblement bien isolés, et même plus que les normes de l’époque ne l’exigeaient. Il y a quelques panneaux solaires sur les toits, afin d’aider à la production d’eau chaude (cela dit, il y a la place pour en mettre bien plus).

Dans les faits, les tuyauteries des chauffages n’ont pas été construites dans des matériaux de qualité et elles s’embouent rapidement, ce qui rend le chauffage chaotique dans certains appartements. De plus, le système est couplé avec des programmateurs et des robinets thermostatiques. Si cela permet un excellent contrôle du chauffage à l’intérieur des appartements, cela nécessite un peu d’apprentissage avant d’être maîtrisé. Quand c’est le cas, c’est très confortable et le tout pour un coût largement inférieur à la moyenne.

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L’économie

Si la mise en place les monnaies locales vantées par le film sort du domaine de l’écoquartier, il aurait été pertinent d’aider à la création de commerces locaux, et non pas à leur mettre des bâtons dans les roues pour favoriser les centres commerciaux… Cela va complètement à l’encontre du principe même d’écoquartier.

Ce qui est dommage, c’est qu’au début, il y avait un peu cette volonté, en réservant certains locaux à des types de commerces (pharmacie, boulangerie, etc.). Malheureusement, la gestion, et surtout les loyers de ces locaux ont totalement gâché le potentiel…

Notons tout de même la présence d’ateliers à l’arrière des bâtiments qui participent à la création d’une économie locale.

La démocratie

Le film arrive à la conclusion que pour que les solutions présentées puissent être mises en place de façon globale, il n’y a pas d’autre moyen que de passer par une démocratie bien plus efficace que celle dont nous jouissons actuellement.

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Cet aspect dépasse largement le concept d’écoquartier, mais rien ne nous empêche, nous habitants, d’essayer de peser plus dans les choix qui sont faits localement. On note de timides avancées, avec les Conseils de quartier et les Budgets Participatifs de la Ville, mais il y a moyen de faire beaucoup plus.

Nous sommes au final peu écoutés :

  • la Mairie gêne l’installation d’associations en n’aménageant pas un local qui serait idéal et qui attend depuis 4 ans sous l’école,
  • Une bibliothèque est demandée depuis des années et aucun projet ne se profile,
  • Le projet de marché n’avance pas,
  • etc.

L’éducation

Le film Demain démontre que tous ces aspects (agriculture, énergie, économie, démocratie) sont liés et que tout doit avancer ensemble. Il est donc logique qu’il se termine sur le dernier pilier de la bonne gestion des communautés : l’éducation.

Nous avons une jolie école (bien qu’elle ait très peu de verdure pour un écoquartier…), l’équipe est motivée, mais l’éducation reste classique. Si on sent quelques éléments piochées dans des pédagogies plus modernes, telles que Montessori, Freinet ou Steiner, il aurait été dans la logique de l’écoquartier de pousser à la création d’une véritable école entièrement basées sur ces méthodes reconnues.

Au passage, je tiens à préciser que ces façons de concevoir de l’éducation ne sont pas des nouveautés avant-gardistes. Maria Montessori travaillait à la fin du 19e siècle, Rudolf Steiner au début du 20e et Célestin Freinet avant la Seconde Guerre Mondiale. C’est dire à quel point l’Éducation nationale est en retard, elle qui expérimente ces méthodes depuis 50 ans, en a conclu qu’elles étaient très efficaces et ne coûtaient pas plus chères, mais qui ne les a jamais mises en place globalement.

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Le film va donc voir une école à Espoo, en Finlande, qui pioche dans toutes les méthodes d’apprentissage afin de proposer à chaque élève la meilleure façon de progresser. Au final, les pays utilisant ces pédagogies se retrouvent parmi ceux ayant la plus grande réussite scolaire et obtiennent le meilleur épanouissement des élèves.

Faire en sorte que “Demain” n’arrive pas après-demain

Alors, oui, on peut dire que les critères pour définir un écoquartier sont loin d’être tous réunis dans la ZAC Claude Bernard. Mais rien n’est pour autant perdu. Ce qui serait le plus difficile à mettre en place (une bonne gestion de l’énergie) est ce qui fonctionne le mieux.

Il reste juste à monter une ferme urbaine, à promouvoir une économie locale et à réformer l’éducation, rien que ça ! Pour y arriver, il va falloir continuer à mettre la pression sur la Mairie, la Ville, etc.

La Ville s’ouvre à ce genre de projets, avec par exemple la Ferme du Rail qui va arriver rue de l’Ourcq. Alors, pourquoi ne pas finir “le premier écoquartier de Paris” ?

Et bien sûr, parce qu’il donne la pêche, allez voir Demain :

9 Comments

  1. Karaoquai

    Les terrains libres foisonnent autour du quartier Claude Bernard , Il y a les espaces libres de part et d’autre de l’extrémité est de la darse du Millénaire, il y a les friches ferroviaires de la gare des Mines et de la gare Chapelle charbon ainsi que celles de la Petite ceinture.
    Suffiront-elles à nourrir les habitants du quartier ? Une question à poser à des professionnels de l’agriculture après consultation démocratique des habitants et des propriétaires fonciers.

  2. Florent

    Ce qui est intéressant à mes yeux dans Demain, c’est justement une posture inverse à ce billet. Il ne dit pas : “qu’est-ce qu’il manque, qu’est-ce que les autres n’ont pas fait, qu’est-ce que les élus ont bloqué ?”. Il dit : “Voilà ce que chacun, en tant que citoyen associé à d’autres, peut faire ?”. Initiatives Charles Hermite a imaginé une monnaie locale, mais manque de forces vives. Le conseil de quartier propose des idées pour le budget participatif, à nous tous de voter pour donner du poids à ces idées. Un centre social et culturel disposera d’un espace de 600 m², à chacun de participer pour proposer des idées pour l’amélioration du cadre de vie. La mairie du 19 renvoie toujours l’idée de la bibliothèque au projet d’ouvrir le CDI du collège au grand public, que les habitants rencontrent en masse les élus pour faire pression que cette solution “mieux que rien” avance. Si on souhaite un marché dans le 18 et le 19, activons nous pour proposer une première initiative (comme la Bonne Tambouille avec la Grosse Patate à la place Mac Orlan, comme une ruche qui dit oui pas hors de prix, comme une antenne de Kelbongoo, comme je ne sais quoi d’autres). En tout cas inutile d’être association pour obtenir une part du Fonds de participation des habitants.
    C’est ça que nous apprend “Demain” : les changements, les innovations, viennent de la société civile, et c’est face à son action que les politiques suivent. Sinon, on restera quelques uns à râler sur ce blog et à émarger au conseil de quartier tous les trimestres, sans jamais passer à l’acte.

    1. Thomas

      Ah mais, tout à fait d’accord ! Peut-être que la conclusion de mon article était mal formulée : au final, cet écoquartier, à nous de le construire… Le plus compliqué, ce qui demande le plus d’infrastructures (la gestion de l’énergie), on l’a. Le reste, on peut le faire.
      Ça fait plaisir de voir que cet article est bien accueilli, je pensais qu’il n’intéresserait pas grand monde…

    1. Thomas

      Non, le terrain va être occupé par l’Îlot Fertile : http://rosaparks-macdonald.fr/2016/03/11/le-triangle-eole-evangile-va-devenir-un-ilot-fertile/

      Cela dit, il y avait des projets de fermes urbaines bien sympathiques, mais qui n’ont pas gagné le concours pour l’aménagement de ce terrain : http://www.soa-architectes.fr/fr/projects/show/257

      Le centre social a pour projet d’investir un jardin dans le square Charles Hermite. Et puis, l’allée Césaria Evora (entre l’Entrepôt Macdonald et les rails) va devenir une coulée verte qui pourrait peut-être être investie…

      1. Florent

        Le centre social gère le jardin partagé qui se trouve dans la résidence Charles-Hermite (http://collectif-fcspa.blogspot.fr/2016/04/rendez-vous-au-jardin.html).

        Les bacs du square Charles-Hermite sont eux gérés par l’association “Jardin des Papillons” dont la présidente, Madame Caron cherche des bénévoles pour le relancer.

        Pour proposer des Incroyables comestibles, vous pouvez venir ce jeudi soir à la réunion du centre social et culturel sur le cadre de vie.

    1. Thomas

      Merci beaucoup ! N’hésitez pas à vous abonner pour recevoir un e-mail à chaque nouvel article (en-haut à droite du site).
      J’en profite pour dire que si en ce moment,je ne publie plus trop d’articles, ce n’est pas parce que j’abandonne le blog, mais c’est parce que je prépare sa deuxième vie (maintenant que le quartier se termine). Je vais tenter d’en faire plus un outil du quotidien. Mais ça demande du travail en arrière-cuisine…

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