Une législative à l’enjeu national

Les 11 et 18 juin prochains se tiennent les élections législatives. Notre 16e circonscription de Paris sera surveillée de près, car elle sera le lieu d’affrontement entre deux secrétaires de partis nationaux et un membre du gouvernement…

Dans le jeu purement politicien, notre circonscription est depuis longtemps un bastion du Parti Socialiste, tenu par Jean-Christophe Cambadélis depuis 1988 (à l’exception du mandat 1993-1997). Mais les choses vont peut-être évoluer cette année.

Petit tour d’horizon des enjeux en cours, pour voter en connaissance de cause…

Jean-Christophe Cambadélis (PS)

Le Secrétaire National du Parti Socialiste joue sa réélection cette année (notre maire, François Dagnaud, est son suppléant). En tant que chef d’un parti dont le score fut très en-dessous de ses ambitions, l’enjeu dépasse largement son mandat personnel.

Alors que notre circonscription est fidèle au PS depuis des décennies, cette année Benoît Hamon n’a recueilli que 13% des voix. En 2012, François Hollande avait reçu 41% au 1er tour : la baisse est impressionnante !

Si M. Cambadélis obtient un score comparable à celui de Benoît Hamon, il ne sera même pas au second tour de cette législative !

Cette élection ne sera donc pas, pour notre député actuel, la promenade de santé qu’ont été les précédentes…

Mounir Mahjoubi (LREM)

Et ce d’autant que la République en Marche, le parti d’Emmanuel Macron, a carrément envoyé un membre du gouvernement dans notre circonscription, avec la candidature de M. Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique.

Emmanuel Macron a obtenu 29,92% au premier tour et M. Mahjoubi peut compter sur l’effet « majorité présidentielle » pour renforcer ce score.

Pourtant, les études semblent montrer qu’une part non négligeable des électeurs de M. Macron l’aurait avant tout choisi pour lutter contre le Front National, et ce dès le 1er tour.

Ces électeurs-là de M. Macron vont-ils aller jusqu’à soutenir ses candidats aux législatives, s’ils ne sont pas vraiment convaincus par son programme ? La question se pose d’autant que dans notre circonscription, le Front National n’est pas une menace. Il n’y a donc plus besoin de voter « utile ».

De plus, dans un quartier ancré à gauche, il est possible que nombre de ces électeurs « par défaut » de M. Macron soient d’autant plus gênés par la part belle faîte à la droite et au centre dans la composition du gouvernement…
Ce qui est présenté comme un atout au niveau national pour le mouvement République en Marche, ne pourrait-il pas au contraire faire fuir des électeurs de M. Mahjoubi dans notre arrondissement ?

Sarah Legrain (FI)

Et ces derniers pourraient bien se tourner vers Sarah Legrain, cadre du Parti de Gauche, et qui a été investie par la France Insoumise. En effet, ce mouvement est en train de devenir la force proéminente à gauche.

À vrai dire, Mme Legrain part favorite, car c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé en tête dans notre circonscription, avec 30,52% des voix au 1er tour de la présidentielle : M. Mahjoubi la décrit lui-même comme sa seule véritable concurrente…

Il faudra toutefois compter avec les candidats de Lutte Ouvrière (Marina Podgorny) et du Parti Communiste Français (Sergio Tinti).

Anne-Constance Onghena (LR-UDI)

De son côté, Anne-Constance Onghena, conseillère de Paris et élue à la mairie du 19e, va tenter de capitaliser sur les 16,12% de François Fillon au 1er tour (score qui la qualifierait au second tour des législatives).

Il est difficile de savoir comment les électeurs de M. Fillon vont réagir : libérés des affaires de leur candidat à la présidentielle, vont-ils se regrouper autour de Mme Onghena ? Ou bien seront-ils attirés par M. Mahjoubi, membre d’un gouvernement qui marche clairement sur les plate-bandes idéologiques des Républicains (avec un Premier Ministre et plusieurs Ministres issus de ce parti) ?

Et les autres candidats ?

Il y a en tout 24 candidats dans notre circonscription ! Outre ceux cités plus haut, on peut noter la présence de Dan Lert, candidat EELV et adjoint au Maire du 19e. S’il peut s’appuyer sur les habituels bons scores des écologistes dans notre circonscription, il fera toutefois face à deux autres candidatures écologistes : Yasmina Khaznawi et Pierre Charitat.

L’extrême gauche, avec 3 candidats (Marina Podgorny, Lyasid Mahalaine et Sergio Tinti) part elle aussi divisée, tandis que la droite se déchire aussi, avec la candidature de Mériam Boussebsi, pour l’UDI, ainsi que de Francis Mbella et Vittorio Callegari, classés Divers Droite…

Le seul sondage (du 18 mai) sur notre circonscription donne Sarah Legrain gagnante, mais ça ne veut pas dire grand chose. Bref, cette législative s’annonce très ouverte…

La liste des candidats

Pour être complet, voici la liste officielle des 24 candidats, dans l’ordre du tirage au sort :
Francis Mbella (DVD)
Simone Sebban (DVG)
Vittorio Callegari (DIV)
Pierre Charitat (ECO)
Anne Descoutures (DVD)
Jean-Christophe Cambadélis (SOC)
Sarah Legrain (FI)
Danièle Holland (DLF)
Marina Podgorny (EXG)
Lyasid Mahalaine (EXG)
Mériam Boussebsi (UDI)
Somalia Barro (DIV)
François Bechieau-Nahon (DVG)
Mounir Mahjoubi (REM)
Alexandre Risso (DIV)
Alexandre Cohen (DIV)
Sergio Tinti (COM)
Yasmina Khaznawi (ECO)
Anne-Constance Onghena (LR)
Dan Lert (ECO)
Kadie Bah (DIV)
Michel Bulté (FN)
Emmanuel Debanne (DIV)
Gaspard Delanoë (DIV)

Une belle occasion…

Je n’ai pas l’habitude de parler des élections sur ce blog. Mais cette législative est particulière. Sur le plan purement politicien, tout est en train de changer nationalement : les forces se réorganisent de tous côtés. De plus, les têtes d’affiche qui se présentent dans notre circonscription font que les enjeux dépassent largement notre quartier.

En rédigeant cet article, je me rends bien compte que, en ne parlant que de jeux électoraux et de stratégies politiciennes, j’oublie l’essentiel : la politique, et ses effets sur notre vie. Mais ce n’est pas non plus la place de ce blog que de décrire les programmes et idéologies des divers candidats.

Je voulais juste souligner que cette fois-ci, plus que d’autres, la législative de notre circonscription aura des conséquences nationales. Notre voix va donc compter (un peu) plus cette année…

Au cours de la présidentielle, la lutte contre le Front National a amené une part d’entre nous à modifier son vote (au second, mais aussi, dans une moindre mesure, au premier tour). Dans la législative qui concerne notre quartier, il n’y a pas de risque de voir l’extrême-droite s’imposer. On peut donc voter avec conviction, quel que fut notre choix à la présidentielle.

On a là une rare possibilité de soutenir la politique que nous voulons vraiment. Nous avons même moyen de faire démissionner un membre du gouvernement, si nous ne l’élisons pas député*.

Au final, nous nous retrouvons donc face à un vrai choix politique, ce qui n’est pas si souvent le cas. Alors, ne ratons pas l’occasion…

 


* Et encore, si M. Mahjoubi est élu, ce ne sera pas lui qui siégera, mais sa suppléante ! Ça peut paraître pour le moins incongru de se présenter à une élection, en annonçant dès le début qu’on ne fera pas le travail même si on est choisi…

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