Départ de Loisirs Pluriel : un coup dur de plus pour un quartier en crise

Vous aurez remarqué que ce blog est en dormance depuis des mois… Il faut dire que dernièrement, j’ai été découragé par la tournure que prend le quartier. Camps de migrants, explosion des problèmes de sécurité, associations poussées dehors, beaucoup de choses concourent à faire de Rosa Parks un échec. La dernière ? L’éviction de Loisirs Pluriel, un centre de loisirs associatif qui est l’un des attraits du quartier…

Je ne peux que constater une chose : les familles des classes moyennes qui se sont installées ici commencent à fuir le quartier… Elles ne restent pas longtemps. Et ça, en pleine gentrification parisienne, c’est un signe très inquiétant sur l’état du quartier.

Il faut dire que la situation n’est pas reluisante. Évidemment, le terrible chapitre du camps des migrants a porté un coup sérieux au quartier. La gestion criminelle de l’État de la question migratoire, doublée de cyniques calculs politiques, a fait des dégâts importants. En premier lieu sur les réfugiés eux-mêmes, bien entendu, pour qui la misère extrême est loin d’être terminée, même si on les a sortis du champ médiatique…

Mais le quartier en garde de lourdes traces. Malgré l’évacuation, on ne peut que noter que les trafics que le camp a générés, sont restés, eux. Le nombre de toxicomanes qui errent dans le quartier est tout bonnement hallucinant, vous le constatez tous.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que demain jeudi 5 juillet, à 19h au centre social, aura lieu une réunion sur le thème de l’insécurité. Si la Mairie se sent obligée de l’organiser, c’est que le problème est réel.

Pour le coup, la responsabilité revient en premier lieu à l’État, qui ne fait tout simplement pas son travail, en laissant grandir la misère partout et sans en assumer les conséquences logiques, dont l’insécurité n’est que la plus visible.

Pour autant, la Ville de Paris n’est pas pour rien dans la détérioration de notre cadre de vie. J’ai déjà pointé à de nombreuses reprises à quel point la mairie avait tout fait pour réduire au minimum les coûts de fonctionnement dans le quartier. Seul le strict minimum a donc été fait en termes de services publics : pas de bibliothèque, pas de piscine, pas de locaux associatifs (à l’exception notable du Centre social qui fait un gros travail), etc.

Côté commerces, peu a été fait pour encourager des commerces de proximité et de services, on attend toujours un primeur, un boucher, un poissonnier… On ne peut toutefois nier une amélioration ces derniers mois avec une vraie boulangerie et un centre médical à côté du tram Rosa Parks (enfin !).

Mais l’un des atouts de ce quartier a bien sûr été depuis le début la place donnée à l’accueil des enfants en situation de handicap. Il faut dire que le quartier, récent, s’y prête bien : il est relativement accessible. Il y avait deux piliers à cette politique : la crèche Quai de la Charente et le centre de loisirs associatif Loisirs Pluriel.

La première, j’en ai déjà parlé, était une merveille de l’accueil des touts-petits. Mais cela était beaucoup trop novateur. Le directeur, Hervé Bessonnier, a donc été sacqué, visiblement pour cause de “trop de compétences”. Désormais, la crèche est rentrée dans le rang, tout le travail a été détruit et on se retrouve avec un lieu banal, sans âme, aux règles absurdes…

Loisirs Pluriel, de son côté est une association qui propose des centres de loisirs à parité. Elle accueille des enfants porteurs ou pas de handicaps. Depuis des années, Loisirs Pluriel a l’un de ses 2 centres parisiens dans l’école du 118 boulevard Macdonald.

Que ce soit au Quai de la Charente ou à Loisirs Pluriel, ce qui fait (ou faisait) l’efficacité de leur travail, c’est qu’il ne s’agit pas de “centres pour les handicapés”. Il s’agit de lieux où tout le monde peut venir, où tout le monde est accueilli dans les meilleures conditions. Handicapé ou non, les enfants ne voient pas la différence, parce que les équipes, très compétentes, n’en font tout simplement pas. Et donc les enfants profitent tous de l’attention qui leur est portée. Bref, si ces endroits sont trop rares, c’est parce que par l’angle de la parité, ils offrent un accueil tel qu’il devrait être, pour tous les enfants.

Et voilà que Loisirs Pluriel est poussée hors du quartier. Avec le doublement des classes de CP, l’école du 118 boulevard Macdonald n’aurait, paraît-il, plus la place d’accueillir le centre. Depuis février, la mairie fait des propositions de relocalisations absurdes ou qui ne se concrétisent pas. Les élus, Mme Poudiot,  Mme Yerzi, M. Nordman et M. Bloche, disent vouloir conserver Loisirs Pluriel dans le 19e arrondissement. Cela dit, des semaines après ces déclarations de bonne volonté, rien ne se passe et en août, Loisirs Pluriel n’aura plus d’endroit où aller.

Et nous ne voulons pas que Loisirs Pluriel quitte Rosa Parks. Il n’y a pas de raison de continuer à détruire un peu plus le faible tissu social du quartier, qui souffre beaucoup ces derniers temps. Ce n’est pas juste pour les enfants qui y sont.

De plus, des quartiers aussi accessibles, proches d’un grand parc comme celui de la Villette, bien desservis par les transports, il n’y en a pas beaucoup. Un déménagement, même dans un autre coin du 19e, entraînera donc sans nul doute une perte de la qualité d’accueil pour Loisirs Pluriel.

Des solutions, il y en a. Elles ont été proposées, mais visiblement, elles n’ont pas été étudiées comme il le faudrait :

  • L’école du 118 ne peut-elle vraiment pas continuer d’accueillir Loisirs Pluriel ?
  • L’école du 141, moins chargée, ne le pourrait-elle pas ?
  • Ou alors, le jardin d’enfants Alphonse Karr, dont les locaux sont inoccupés aux heures de centre de loisirs ? La directrice du jardin d’enfants semblait partante si elle avait l’aval de ses chefs à la mairie, malgré quelques détails logistiques à régler.
  • Une autre école proche ? Par exemple, celles de Barbanègre, qui perdent des classes chaque année et ont peut-être de la place ?

Bref, il est temps d’arrêter de retirer le peu de choses qui font vivre le quartier. Faire en sorte que Loisirs Pluriel puisse rester ne va pas régler tous les problèmes du quartier, mais c’est une première étape, loin d’être insurmontable. On pourrait alors commencer à remonter la pente. Cela montrerait aussi, qu’au-delà des effets d’annonces, la mairie n’a pas abandonné le quartier, parce que pour le moment, ce n’est pas évident…

6 Comments

  1. Delya

    Merci Thomas pour toutes les informations , il est vrai que le quartier se dégrade et nous sommes nombreux à l’avoir remarqué ,certains points que vous avez cité sont assez urgent la sécurité ,avoir plus de police de proximité ,..ce qui est des commerces tout à fait d’accord pour un poissonnier un primeur et pourquoi pas un magasin Piccard .. Pour la réunion du 5/07 nous viendront nombreux .

  2. Anne-Marie Chamberon

    Merci Thomas pour toutes ces infos d’une tristesse affligeante…je transmet votre mail pour faire boule de neige et espérer d’autres réactions rejoignant les vôtres…
    Bonne journée

  3. jules romain

    Merci Thomas…. ce qui me préoccupe, c’est le stationnement des voitures sur les trottoirs coté pair du boulevard mac donald, (210) c’est devenu une route, et le week end c’est l’enfer, pas moyen de sortir de chez soi, sans prendre une voiture en marche , un vélo, ou scooter, je commence a avancer en age, et je me dis que ce quartier est trop dangereux pour les piétons, je dois faire attention a chaque pas… Quelle tristesse, ce quartier, dommage, puisque après les commerces et aussi cabinet d’analyses et médecin qui vient de s’ouvrir, j’avais de l’espoir…

  4. Oled

    Encore merci pour ce blog,

    Malheureusement c’etait prévisible et la mairie d’arrondissement n’a de cesse de rappeler à mi mot son impuissance ( exercice que M. Madec en son temps maîtrisait aussi à la perfection).
    Il me semble que les projets innovant ne venant pas d’eux ou qu’ils ne peuvent maîtriser, seront toujours éjectés d’une manière ou d’une autre.
    Le milieu associatif est riche mais quid des équipements publics et de leur accessibilité. A propos des « petits riens » , l’intention est louable mais il y a un conservatoire dans le 19e, par ailleurs, une annexe a été ouverte rue d’ Aubervilliers, à 800m à vol d’oiseau du conservatoire avenue Jean-jaures. N’est-il pas possible là encore, d’avoir un semblant d’équité territoriale ?
    Pourtant, au regard des autres arrondissents de l’Est parisien, on y retrouve des bibliothèques dans des immeubles et non des bouts de rdc ou de sous-sols., et parfois en périphérie de l’arrondissement. De même, des associations reconnues d’utilité public ont des soutiens indéfectibles.
    Tout cela est propre à nos maîtres, ils retirent l’échelle mais l’escalier n’est pas encore construit
    Bref, pour garder le moral, n’est-il pas possible de réquisitionner les espaces au premier étage de l’immeuble du 128-142 bd Macdonald ? Innocupé depuis sa construction, et apparemment, 3 asenceurs desservent l’etage, il y a peut-être là des solutions d’accueil…
    À suivre, bon été

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