Loisirs Pluriel à la rue !

Je vous avais fait part de la crainte de voir le centre Loisirs Pluriel quitter le quartier.

Suite à la mobilisation de l’association, le collège Suzanne Lacore a été choisi comme lieu possible, mais au dernier moment, le collège a refusé d’accueillir le centre de loisirs, qui se retrouve donc à la rue !

Mise à jour du 04 octobre 2018 : Le conseil d’administration a de nouveau voté le mardi 2 octobre, et le résultat a été positif. Loisirs Pluriel pourra donc poursuivre ses activités dans le quartier, au sein du collège Suzanne Lacore !

Oui, oui, les enfants, dont certains sont porteurs de handicap, sont à la rue le mercredi après-midi !

Quelle ironie quand on sait que dans sa lettre envoyée aux parents parisiens, Anne Hidalgo se vante d’avoir ouvert un 10e centre de loisirs à parité dans la capitale. Elle oublie que l’un de ces centres est obligé de faire ses activités dehors, n’ayant plus aucun local où aller…

Extrait de la lettre d’Anne Hidalgo, Maire de Paris, aux parents parisiens, Septembre 2018

Comment en est-on arrivés là ?

Suite au dédoublement des classes de CP et CE1, l’école du 118 boulevard Macdonald ne pouvait plus accueillir Loisirs Pluriel. Depuis des mois, l’association et les parents se mobilisent pour qu’un autre lieu soit trouvé dans le quartier.

Les élus, en premier lieu M. Dagnaud, M. Nordman et M. Bloche, ont toujours assuré leur volonté de trouver une solution.

Mais ce n’est que mi-juillet que la piste du collège Susanne Lacore a été proposée. C’était clairement une bonne idée : le collège est dans le quartier qui est récent et qui respecte les normes d’accessibilités. De surcroit, les locaux ne sont pas occupés par les collégiens pendant les temps de centre de loisirs (les mercredis après-midis et les vacances scolaires). Il y a donc une complémentarité dans l’usage des locaux. Cette solution est donc pérenne.

Afin de rendre les locaux du collège utilisables par des enfants plus jeunes, l’association a travaillé conjointement avec la PMI et a obtenu le 13 septembre l’agrément indispensable à l’accueil des petits.

Tout allait bien, les inscriptions des enfants étaient faites, le programme des mercredis de septembre et octobre était calé, et voilà qu’à la dernière minute le conseil d’administration du collège vote contre l’accueil du centre de loisirs dans ses locaux.

Ce refus est encore plus malvenu que celui des écoles primaires du quartier puisqu’il n’y a aucun problème de place dans le collège.

Le conseil d’administration a évoqué des problèmes de gardiennage et de ménage pour justifier son refus. Sans les nier, ces points de logistique peuvent trouver une solution. Si cela doit demander un peu d’organisation, il n’y avait pas nécessité de fermer définitivement sa porte. Le collège a choisi ne pas s’embêter, et a donc préféré laisser les enfants dans la rue le mercredi après-midi.

Le conseil d’administration, en refusant de donner son accord pour une convention qui n’influe en rien sur le quotidien de ses collégiens, va à l’encontre du souhait de la Mairie de trouver un local à Loisirs Pluriel dans le quartier. C’est pourtant la Ville de Paris qui est propriétaire des locaux du collège et qui est en charge de leur fonctionnement ! Pourquoi ce refus ?

Suzanne Lacore

Et vous savez qui est Suzanne Lacore, dont le collège porte le nom ? C’est une ministre du Front Populaire, chargée de la Protection de l’enfance. Elle a entre autres pris “des mesures relatives aux enfants déficients, aux enfants défavorisés et aux loisirs“. Elle doit se retourner dans sa tombe de voir ce collège rejeter ainsi des enfants handicapés…

(Au passage, je rappelle que la bibliothèque du collège devait être ouverte à certaines heures aux habitants du quartier. Plusieurs années après l’ouverture de l’établissement, on attend toujours…)

Responsabilités partagées

Mais la responsabilité du collège dans ce fiasco ne doit pas masquer celle de la Mairie du 19e et de la Ville de Paris. La volonté affichée des élus à trouver une solution n’a pas franchement transparu dans les actes. Le dossier a traîné et n’a pas été suivi comme il aurait fallu.

Résultat, aujourd’hui, les enfants du centre de loisirs sont à la rue !

Le cabinet de M. Bloche indique pouvoir revenir avec des propositions ce lundi 1er octobre. La Mairie – qui n’arrive pas à trouver de solution dans le 19e – envisage de déplacer Loisirs Pluriel dans une école neuve du 17e arrondissement. Cette solution est loin d’être pertinente :

  • Le 17e a déjà un centre à parité, alors que le 19e perdrait le sien.
  • L’école envisagée est pour le moment peu occupée, mais cela ne durera pas. Avec l’arrivée prochaine de nouveaux habitants dans ce quartier récent des Batignolles, l’école finira par être obligée de renvoyer Loisirs Pluriel (tout comme l’école du 118 boulevard Macdonald l’a fait).

Cette piste n’est donc qu’un pis-aller, au détriment des enfants du 19e, qui le mercredi, ne pourront pas se rendre dans le 17e après leur matinée d’école.

La piste du collège Suzanne Lacore ne doit pas être abandonnée. Les obstacles logistiques qui ont servi d’excuses au rejet de Loisirs Pluriel doivent être levés.

À la Mairie – en charge des locaux du collège et de leur fonctionnement – de savoir rassurer le conseil d’administration sur les points que ce dernier a soulevé.

Cela n’est pas insurmontable, surtout quand on voit tout ce qui a été fait pour rendre l’accueil d’enfants de moins de 6 ans possible dans le collège ! C’est frustrant que tout ce travail soit gâché, et surtout que les enfants en paient le prix fort.

En attendant, ils jouent au parc les mercredis après-midi. Mais le beau temps ne durera pas…


Mise à jour du 04 octobre 2018 : Suite à cet article (et au communiqué de presse envoyé en même temps), la directrice du collège Suzanne Lacore m’a envoyé ce droit de réponse :

Monsieur,
Suite à votre communiqué de presse, vous trouverez le droit de réponse du collège en PJ.
Le rectorat, monsieur le Maire ainsi que la commissaire de police du 19ème arrondissement sont informés.

Bien à vous,


Aurore METENIER,
Principale, collège Suzanne LACORE


Mise à jour du 09 octobre : Les parents d’élèves du collège Suzanne Lacore m’ont apporté des précisions sur les deux votes du conseil d’administration qui ont permis à finalement trouver un accord pour que Loisirs Pluriel puisse être accueilli dans le collège (voir cet article).

Selon les parents du collège, le conseil d’administration a voté les termes de la convention entre Loisirs Pluriel, la Mairie et le collège. La première mouture du texte ne permettait pas d’assurer de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité pour accueillir sereinement le centre de loisirs, sans impacter les activités extra-scolaires auxquelles participent les collégiens le mercredi après-midi.

Le conseil d’administration a donc demandé que la rédaction de la convention soit revue, ce qui a été fait. Ces corrections effectuées, un nouveau vote a été organisé. Des solutions ayant été apportées aux questions logistiques, la convention fut donc approuvée.

Ce nouvel éclairage permet donc d’être rassuré sur les futures relations entre le collège et Loisirs Pluriel. Le conseil d’administration, contrairement à ce que j’ai écrit, n’a pas refusé que Loisirs Pluriel vienne au collège, mais a demandé à en améliorer les conditions d’accueil.


Voici la réponse complète des parents d’élèves :

Chers parents d’élèves,
Nous, parents d’élèves élus et membres du CA du collège Suzanne Lacore, avons pris connaissance de votre communiqué de presse, et tenions à vous faire part des remarques qu’il nous inspire. Nous répondons donc point par point à vos allégations puisqu’elles sont, au mieux, le signe de votre méconnaissance des procédures d’un CA de collège, au pire des affirmations sciemment erronées.  Par ailleurs, vous mettez clairement en cause notre attitude en tant que membres élus ou tentez de faire pression afin d’obtenir ce que vous souhaitez : ce qui est une façon habituelle d’utiliser les groupes de parents d’élèves mais qui ne justifie pas toutes les démesures !

« Cette solution est avantageuse : le centre de loisirs est ouvert à des horaires où les collégiens n’ont pas cours (mercredi ou vacances scolaires) » : certes, les collégiens n’ont pas cours mais la vie d’un collège ne s’arrête pas aux heures de cours dispensées. Association sportive, options, retenues peuvent avoir lieu le mercredi et le dispositif « école ouverte » impacte l’ouverture du collège pendant les vacances.

Vous soulignez que le collège est récent et donc adapté à votre public : comme le sont les deux écoles élémentaires qui se trouvent dans le même quartier. L’école où vous étiez précédemment accueillis présente donc les mêmes avantages et en plus, les locaux scolaires des élémentaires sont à la disposition des centres de loisirs en dehors des temps de classe.

La mairie a obtenu l’agrément de la PMI certes, mais vous êtes-vous seulement déplacés pour constater les aménagements faits ? L’escalier d’accès aux étages n’a pas encore de rampe installée ; quant aux salles de classe qui serviront de salles d’activité, elles sont des salles de classe classiques de collège avec un mobilier destiné à des adolescents parfois d’ailleurs totalement inadapté à des élèves de 6e. Aux dernières nouvelles, les toilettes ne sont pas encore aménagées, pas plus que les lavabos dont un seul sera muni d’une cellule et non d’un bouton poussoir. Ce ne sont que des exemples parmi d’autres. Le mieux serait sans doute de venir voir vous-mêmes, à quel point « la solution est avantageuse ».

« Mais au dernier moment, le conseil d’administration du collège a refusé d’accueillir Loisirs Pluriel », non, le conseil d’administration n’a pas eu à se prononcer sur cet accueil, il n’a eu qu’à voter l’autorisation au chef d’établissement de signer la convention régissant cet accueil. Mais nous comprenons cette méprise puisque, contrairement à ce que prévoit le code de l’éducation, cette mise à disposition des locaux n’a pas fait l’objet d’une consultation préalable du CA. Seule la convention régissant les modalités de cet accueil a été soumise au conseil. Cette convention rédigée par les services de la DASCO n’a pas été jugée satisfaisante, en l’état, par les membres du CA.

Vous semblez minimiser les problèmes que posait cette convention, veuillez excuser le CA, instance démocratique, de s’intéresser à des choses aussi « futiles » que le gardiennage et le ménage dans l’établissement. Oui, nous sommes tout à fait d’accord, « ces points logistiques peuvent trouver des solutions », les solutions sont justement inhérentes au fait de modifier la convention et de la voter en CA. Donc la tenue d’un nouveau CA, avec de nouvelles propositions de la DASCO proposant des solutions sur ces deux points, était obligatoire et envisagé dès la tenue du premier CA. Le représentant du maire pourra le confirmer puisqu’il était présent. Par ailleurs, si pour vous, ces points sont mineurs, il en va au contraire de la qualité de l’accueil de nos enfants (collégiens ou enfants accueillis au centre de loisirs) et accessoirement, mais cet aspect semble vous échapper, du travail des agents du collège qui se voyaient de fait attribuer une surcharge de travail. Étant parents d’élèves, vous ne pouvez ignorer les difficultés que rencontrent déjà ces personnels pour absorber leur charge de travail. Il était donc dans l’intérêt de tous que figurent dans la convention les moyens mis en œuvre pour pouvoir continuer à accueillir nos enfants (les vôtres et les nôtres) dans de bonnes conditions.

« Une convention qui n’influe en rien sur le quotidien des élèves » : si vous lisez la première convention, vous constaterez que des moyens humains supplémentaires n’y étaient pas évoqués de façon précise, devons-nous comprendre que l’impossibilité de nettoyer des salles de classe n’influe donc en rien sur le quotidien des élèves ? Les dégradations éventuelles du matériel du collège ne semblaient pas avoir été envisagées dans cette convention. Enfin, contrairement à ce que souligne le code de l’éducation régissant le fonctionnement des EPLE, aucune priorité n’était accordée au temps d’éducation dans cette convention ce qui est la mission première du collège et ce, même si la mairie est propriétaire des lieux.

La convention n’évoque pas non plus la responsabilité fonctionnelle de la cheffe d’établissement lors des temps où l’association recourt à une sous-traitance de droit privée pour l’exercice du gardiennage par exemple. Rien non plus sur le surcoût lié aux charges, chauffage par exemple.

Ainsi, le collège Suzanne Lacore n’a pas mis votre association dehors ! La question en revanche qui se pose est : pourquoi le centre de loisirs n’est plus accueilli par l’école élémentaire ? Sur ce point, aucune réponse cohérente n’est apportée. De même que vous ne mentionnez aucunement la proposition faite et déclinée d’une installation dans le XVIIème arrondissement. Nous comprenons que votre implantation dans le quartier est essentielle mais l’honnêteté intellectuelle était sans doute de préciser que cette proposition avait été faite. Enfin, vous évoquez le quartier auquel vous êtes évidemment attachés : mais nous ne voyons pas en quoi vos propos sont de nature à apaiser le climat dans le quartier en jetant le discrédit sur la communauté scolaire (dans son ensemble, oui c’est cela un CA) d’un établissement public.

Les parents d’élèves du collège Suzanne Lacore

One Comment

  1. Eric verzele

    Tout simplement inimaginable de laisser perdurer un tel dysfonctionnement. Car c’est bien de cela qu’il s’agit -en tous cas je l’espère – je n’ose imaginer une volonté pure et simple de s’attaquer aux droits fondamentaux des enfants et en particulier des enfants handicapés et le droit et l’accessibilité aux loisirs. Il faut maintenir la pression et si cela ne suffit pas prévoir une action d’éclat à médiatiser au seul motif de faire respecter les droits des plus faibles et ne pas céder aux injonctions materielles, logistiques ou économiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.